Au Japon, FUREAI KIPPU: aide aux personnes âgées et monnaies complémentaires

Le Fureai Kippu (littéralement ‘billet en échange de relations bienveillantes‘) fait allusion à plusieurs systèmes et réseaux de soutien mutuel destinés à offrir de l’aide aux personnes âgées en échange d’une monnaie complémentaire.
Ces systèmes permettent à des individus de gagner des crédits-temps en échange de soins à des personnes âgées ou ayant un handicap. Ces crédits peuvent être alors transférés à des parents ou amis qui ont besoin d’aide, ou épargnés pour plus tard quand les aidants seront âgés ou malades. L’un des deux  modèles de Fureai Kippu ressemble beaucoup aux banques du temps traditionnelles, tandis que le second permet des transactions en monnaie conventionnelle en plus des crédits-temps pour les services rendus.
Les systèmes Fureai Kippu peuvent être considérés comme les équivalents japonais des banques de temps collaboratives. Le terme de Fureai Kippu est employé depuis 1992.
Objectif
Le Fureai Kippu vise à développer et renforcer les réseaux de soutien mutuel des soins non médicaux aux personnes âgés dans un pays qui doit relever le défi d’une population vieillissante, du déclin de l’aide familiale aux aînés et des coûts exorbitants des soins de santé.
Vue d’ensemble de la population
Le  Japon est un pays d’environ 128 millions d’habitants. C’est le pays dont l’espérance de vie est la plus longue sur terre (ONU, 2006). On estime que les Japonais nés pendant la période 2010-2015 vivront 83,5 ans. Avec le baby-boom d’après-guerre, suivi d’une forte baisse du taux de natalité, la population japonaise vieillit rapidement. En 2009, environ 22,7% de la population avait plus de 65 ans, et si la tendance se poursuit, en 2050 presque 40% des Japonais auront plus de 65 ans.
Organisation et histoire
La fondation Sawayaka Welfare est une organisation à but non lucratif créée en 1991 qui chapeaute les systèmes locaux des Fureai Kippu au Japon. Comme dans les banques de temps au Royaume-Uni, elle encourage les bonnes pratiques et aide les initiatives locales. C’est Tsutomu Hotta, à qui l’on doit le terme Fureai Kippu, qui a créé cette fondation.
Le Japon a une longue tradition d’aide bénévole et d’assistance réciproque qui date de la période suivant la seconde guerre mondiale. La première banque de temps du monde, la Banque du Travail Bénévole, a été fondée à Osaka, au Japon, en 1973. C’était un réseau de bénévoles se prêtant mutuellement assistance au moyen d’une monnaie complémentaire basée sur le temps passé, qui s’appelait ‘la monnaie Amour’. Bien que ne faisant pas partie du système Fureai Kippu, cet exemple a montré la voie d’une application au Japon tout entier.
Le Fureai Kippu est né dans les années 1980, période pendant laquelle des centaines de groupes associatifs d’aide mutuelle ont éclos dans tout le pays. Le modèle prédominant de Fureai Kippu s’est développé parmi ces groupes, suite à l’introduction de modalités de remboursement assez différentes de celles des banques de temps conventionnelles qui existaient déjà au Japon à l’époque. Dans le Fureai Kippu, les bénévoles pouvaient décider de combiner la devise officielle (le yen) et les crédits de temps : ils pouvaient choisir de gagner des yens, des crédits de temps ou les deux, en échange du service rendu.
Selon les données de 2012, 38% des Fureai Kippu sont gérés par de petites associations, 21% par des collectivités locales ou des organismes para-publics, les 41% restants sont gérés par deux organismes à but non lucratif.
Impact
La recherché a montré que le système de  Fureai Kippu a joué un rôle positif en améliorant à la fois la santé physique et psychologique des bénévoles et des bénéficiaires de services. Il a aidé à améliorer les conditions de vie et le lien social des personnes vulnérables et enfin il a permis d’établir des relations plus égalitaires entre les membres bénévoles et les bénéficiaires, grâce à l’échange d’argent (quand il a lieu).
Globalement, le Fureai Kippu s’est établi en tant que complément efficace aux ressources en soins médicaux professionnels classiques. Il est perçu comme étant moins hiérarchisé et plus humain que le système de soins national.
Détails des paiements

Chiffres

En 2012, 391 filiales Fureai Kippu. Pas de données plus récentes.

Unité

Les credits-temps sont un moyen d’échanger. L’unité est l’heure.

Emission

Billets et bons d’échange, encore peu de systèmes électroniques

Informatique

Le Club de la Vie Active Nippone a introduit des logiciels spécifiques pour saisir les transactions dans ses 130 antennes, ce qui leur permet d’établir des statistiques. Cependant émettre et rembourser des crédits-temps se fait à la main, comme pour une comptabilité sur papier.

Taxes et conformité

Les crédits-temps des Fureai Kippu ne sont pas imposables, les paiements en yen non plus car considérés comme des dons.

Financement et modèle économique

Gérés par des associations à but non lucratif et des groupes d’aide mutuelle, tous non gouvernementaux, recevant peu de subventions, autofinancement par les cotisations, des dons privés additionnés des paiements des bénéficiaires n’ayant pas de crédits-temps.

Comment ça marche en pratique ?
Une centaine de Japonais immigrants sont membres d’une antenne de Fureai Kippu à Los Angeles. L’un d’eux, Tanaka-San, emmène en voiture sa voisine âgée faire les courses une fois par semaine pendant deux heures et gagne 8 à 10 crédits-temps par mois, une heure de service valant un crédit. Tanaka-San offre ensuite ses crédits accumulés à sa vieille mère fragile qui vit à Tokyo. Sa mère utilise ces crédits pour se procurer une aide ménagère hebdomadaire parmi les bénévoles de l’antenne de Tokyo qui habitent le quartier. Comme sa mère vit seule et a des problèmes de mobilité, elle attend avec beaucoup de plaisir ces visites, disant que ‘C’est comme si c’était ma fille que je ne vois qu’une fois par an quand elle revient de Los Angeles’. Tanaka-San est aussi très heureuse de voir sa mère heureuse et de pouvoir lui apporter une aide indirecte, petite mais significative. Elle fait également remarquer l’importance d’une relation humaine informelle entre sa mère et la bénévole grâce aux crédits-temps, ce qui est difficile à égaler avec des services commerciaux fournis par des donneurs de soins professionnels.
Lectures complémentaires et videos:
Nakagawa and Bovaird (2011), Hureai Kippu – lessons from Japan for the ‘Big Society’. Available at http://www.jlgc.org.uk/en/pdfs/Hureai%20Kippu%20-%20Lessons%20from%20Japan%20for%20the%20Big%20SocietyCESedit17March2011.pdf
Nippon Life Active Club (NALC)  (http://nalc.jp/).
Mayumi Hayashi: A video-interview concerning the Fureai Kippu

 

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